Les illusions de l’argent factice commencent à se dissiper de part et d’autre de l’Atlantique. La survie des États-providence est en jeu. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Les marchés américains ont décroché hier. Le Dow Jones et le Nasdaq ont clôturé en baisse de plus de 3%.

Prétexte 1 : l’armistice dans la guerre commerciale sino-américaine n’en était pas un. Trump a survendu son deal.

Prétexte 2 : l’inversion de la courbe des taux aux Etats-Unis. Nous reviendrons sur cet augure mais avant, voyons les dégâts.

Les FAANG renouent avec le marché baissier. Depuis le sommet de l’année, Facebook est à -36%, Amazon -17%, Apple -24%, Netflix -34% et Google -17%.

Les actions bancaires aussi : les banques dites systémiques (trop grosses pour faire faillite) chutent de 30% par rapport à leur sommet de l’année et Goldman Sachs a perdu 33%.

Comme d’habitude, l’argent est allé se replier sur les bons du Trésor américain à cinq ans et même à 10 ans. Du coup les rendements baissent, ce qui accentuera encore « l’inversion de la courbe des taux », ce mystérieux oracle très suivi par les professionnels de Wall Street.

En résumé : il est normal que plus on emprunte sur une longue durée, plus le taux d’intérêt est élevé, puisque le prêteur immobilise son argent pour une période plus longue. Une inversion se produit lorsqu’emprunter sur une longue durée coûte moins cher qu’emprunter sur une courte durée. Cette inversion est vue comme un très mauvais signe.

L’augure de la courbe des taux

N’oubliez pas que nous vivons dans un monde d’argent factice où toutes les absurdités (même les taux négatifs) deviennent possibles. La « courbe des taux » est celle des bons du Trésor américain, réputés comme des quasi-liquidités et le placement le plus sûr au monde. Plus il y a de demande pour ces titres, plus le taux baisse.

Si les investisseurs veulent parquer leur argent dans un bon du Trésor à 5 ans quitte à recevoir moins d’intérêt qu’avec un bon du Trésor à 2 ans, c’est parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas de meilleur placement à plus court terme et qu’ils sont donc pessimistes dans un avenir proche. Voilà pourquoi Wall Street interprète cela comme un signe de récession.

graphique - bons du trésor - taux - marchés
Source ZeroHedge

La chute d’hier a fait plonger le bon du Trésor à 10 ans qui rapporte à son heureux possesseur 2,92%. Le spread – l’écart de taux – est maintenant de 0,119% entre le 10 ans et le 2 ans. Le dernier point à droite de votre courbe a dégringolé.

De quoi faire plaisir à Trump qui se nourrit de taux bas, comme vous l’explique Bill Bonner ? Pas si vite… car si les taux sont à ce niveau, c’est que « son » économie va plonger.

C’est pour cela que les vendeurs d’actions surévaluées se sont précipités vers la sortie…

En Europe, on prépare la faillite « ordonnée » mais trop tard !

Mais retournons en Europe car il se passe aussi des choses importantes pour votre argent sur ce marché obligataire.

L’euro est de l’argent tout aussi factice que le dollar. Il n’est raccroché à rien et la Banque centrale européenne peut faire surgir du crédit à volonté.

Ceci permet d’ignorer la dette accumulée par certains pays membres de l’Union monétaire vis à vis d’autres membres, les quelque 1 000 milliards d’euros de système Target2. Il s’agit d’une dette privée.

A cela s’ajoute la dette publique.

Au sein de l’union, presque tout le monde vit collectivement au-dessus de ses moyens, la majorité des pays membres émettant des emprunts souverains pour financer leur État-providence.

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