La BCE mandate un acteur privé américain de la gestion pour sous-traiter les études de stress tests des banques qu’elle supervise. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

BlackRock  – 6 300 Mds$ sous gestion dans 100 pays – est un fonds d’investissement privé, le plus gros au monde, dont le siège est aux Etats-Unis.

La Banque centrale européenne est un « machin »[1] qui chapeaute le « Système européen des banques centrales ». La BCE fait partie de l’Eurosystème, qui lui-même est constitué de la BCE et des banques centrales nationales (BCN) des États-membres de l’UE dont la monnaie est l’euro.

Quel lien entre la BCE et BlackRock, me demandez-vous ? C’est l’objet de cette chronique.

Parmi les autres missions de la BCE, la stabilité et surveillance du système financier lui incombe : « l’Eurosystème contribue à la bonne conduite des politiques menées par les autorités compétentes en ce qui concerne le contrôle prudentiel des établissements de crédit et la stabilité du système financier. »

La BCE – qui emploie 3 600 personnes selon Eurostat – a missionné BlackRock pour conduire les stress tests des banques européennes, indique wolfstreet.com, qui pose la question : « pourquoi le plus grand gérant d’actifs au monde conseille-t-il la BCE sur la santé des banques européennes ? »

Plus précisément, l’Autorité bancaire européenne (ABE) traite les grosses banques dites « systémiques » et rend compte au Parlement européen tandis que BlackRock – missionné par la BCE – concentre son attention sur les plus petites banques.

Depuis les premières opérations de QE ou rachats de titres financiers par la Fed, BlackRock Solutions est considéré comme un expert dans ce domaine.

La société a conseillé la BCE en 2014 avant le début de ses rachats. Puis en 2016, la BCE s’est à nouveau offert les services de BlackRock Solutions pour conduire une première vague de stress tests. Coût selon Danièle Nouy (qui appartient au Conseil de surveillance de la BCE) : 8,2 M€.(2)

Auditeur et acheteur

Bien entendu, BlackRock jure la main sur le cœur qu’il n’y a aucun conflit d’intérêt et aucune asymétrie d’information, ses gérants d’actifs faisant partie d’une autre division. Pourtant, les brochures marketing soulignent la bonne communication entre les différents services et la coopération des équipes.

La société a chuté de 5% à la suite de la communication de ses derniers résultats trimestriels qui montraient que les clients étaient sortis des fonds. Seul les fonds obligataires ont vu de l’argent rentrer. Donc BlackRock a su conserver la confiance de ses clients dans ce domaine.

D’un autre côté, les banques européennes vont devoir caser beaucoup de dettes dites « senior » pour se mettre en conformité avec la réglementation. BlackRock, qui connaîtra d’avance les dossiers en tant qu’auditeur mandaté par la BCE, aura donc une longueur d’avance sur les autres gérants.

Tout ceci fleure bon le délit d’initiés. Cela rappelle les rachats de dettes en placements privés faits par Mario Draghi où BlackRock intervenait déjà comme « conseil ».

Vous êtes patron d’une grande multinationale européenne. Vous contractez un emprunt obligataire que vous ne placez pas sur le marché, mais en « placement privé ». Dans ce cas, pas de prospectus, pas de déclaration préalable à un quelconque gendarme des marchés. Mario Draghi vous achète directement ce papier. Voilà qui arrange sacrément vos affaires, non ? Vous levez du cash rapidement et sans publicité aucune.

…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.