En France, la dette publique n’est plus un souci grâce à la BCE et à des taux d’intérêt quasi-nuls. Ceci permet d’éviter de parler des sujets qui fâchent. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Dans le courrier électronique de ce matin :

« Etudiants en Droit, en Histoire et en Sciences politiques, nous avons monté un nouveau média : Decodeurs360.org. […] Les articles que nous publions se veulent singuliers, en prenant appui sur des raisonnements argumentés. L’équipe est non-partisane. Cette approche diversifiée, participative et gratuite rencontre déjà un bel engouement, particulièrement auprès des 18-35 ans.

Nous nous demandions si vous accepteriez […] de prendre la parole sur nos pages. En traitant par exemple l’un des sujets suivants : pourquoi ne parle-t-on plus de la dette publique ? »

Le journal Les Echos du 20 juin rend compte pour sa part d’un sondage réalisé par OpinionWay, « Les Français et l’économie : le signal d’alarme est tiré ».

Des étudiants qui trouvent qu’on ne parle plus de dette publique et un sondage surprenant qui montre que deux Français sur trois s’intéressent à l’économie mais n’y comprennent rien ! Quel est le lien ?

C’est « culturel » comme on dit de nos jours. Dans les pays où la culture économique et financière est encore correcte, comme en Allemagne et dans les pays anglo-saxons,
on parle beaucoup de dette publique. On s’en inquiète.

On en parle moins en France mais il y a aussi une explication. Une dette n’est pesante que si on vous demande de la rembourser « intérêt et principal, foi d’animal », aurait dit La Fontaine qui avait écrit La Cigale et la Fourmi pour éduquer le Dauphin.

Il se trouve que nous avons une banque centrale qui a fait que la dette, sans avoir été allégée, et bien au contraire puisqu’elle s’est alourdie, n’est plus du tout pesante.

Pour sauver l’euro, la monnaie fiduciaire commune, Mario Draghi a fait tout ce qu’il fallait.

Les intérêts de la dette sont devenus nuls ou presque. Dans ces conditions, toujours plus de dette ne pose pas de problème. A 0% d’intérêt, combien songeriez-vous à emprunter ? « Tout ce qu’il vous faudra », me direz-vous avec bon sens.

Encore faudrait-il trouver un benêt qui accepte de vous prêter sans vouloir toucher des intérêts. Aucun problème là encore. Mario Draghi achète la dette lorsque que les investisseurs institutionnels (banques, assureurs, Etats) renâclent.

Dans ces conditions, la dette peut sans inconvénient devenir… infinie.

Plus personne ne s’en soucie. Tout au moins en France.

Encore une fois, ailleurs, c’est un peu différent. Même la Banque des règlements internationaux, 2 000 milliards d’euros de fausse monnaie plus tard, trouve que « ça commence à bien faire ». Les Echos du jour :

« La Banque des règlements internationaux (BRI) n’a jamais caché sa défiance à l’égard des politiques non conventionnelles déployées depuis des années par les grands instituts monétaires. A l’occasion de la présentation de son rapport annuel, celle que l’on considère comme la ‘banque centrale des banques centrales’ a enfoncé le clou.

‘Nous devons normaliser les politiques et le faire avec fermeté’, a déclaré Claudio Borio, responsable du département économique de l’organisation bâloise dirigée par Agustín Carstens. »

Si les banques centrales n’interviennent plus, les taux d’intérêt vont monter. La dette deviendra douloureuse à porter. Les créanciers vont s’inquiéter même de retrouver le principal, l’argent prêté. On reparlera de la dette.

La culture scientifique des Français est encore considérée comme bonne, contrairement à la culture économique.

Disons donc que les taux d’intérêt représentent la gravité et la dette la masse.

…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.