La BCE a annoncé réduire ses rachats obligataires. En cas de remontée des taux, les maillons faibles de la Zone euro sont l’Italie et la France. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Mario Draghi, président de la BCE, a donc annoncé la semaine dernière qu’il allait réduire ses achats d’obligations initiés en mars 2015 de 60 Mds€ par mois à 30 Mds€ par mois.

Ces opérations monétaires aux appellations jargonneuses peuvent nous sembler toujours très ésotériques. Pourtant, elles ont une influence très concrète sur notre vie quotidienne.

La première est que l’épargne dite sûre est mal rémunérée. Les taux d’intérêt ne reflètent plus la réalité du stock d’épargne de vrai argent, celui qui a été gagné grâce à des activités rentables. En rachetant des obligations, la BCE fait croire à une demande qui n’existe pas en réalité (sur le marché obligataire, la demande fait monter les prix et donc baisser les taux).

La seconde est l’augmentation continue des impôts. En effet, la BCE rachète des obligations d’Etat de gouvernements qui financent par émission de dette leurs trains de vie, leurs dépenses de redistribution… Avec les taux bas, les gouvernements n’ont aucune incitation à dépenser moins. Ils empruntent beaucoup mais taxent aussi beaucoup pour faire croire que le train de vie national est raisonnable et supportable (par les « riches »). En France, les dépenses de l’Etat s’élèveront en 2018 à 425 Mds€. Les impôts sont attendus à 289 Mds€. C’est la fuite vers le toujours plus de prestations, de déficits et d’impôts.

Les différents textes européens qui régissent les opérations monétaires de la BCE prévoient que les achats suivent plus ou moins les poids économiques des pays. Si la BCE achète une cuillère à café de titres italiens, elle doit acheter une cuillère à soupe de titres français et une soupière de titres allemands.

Voici ce que la BCE détient aujourd’hui

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Sources : Citigroup, BCE

Cela, ce sont les principes. Récemment, la BCE a favorisé la France et l’Italie pour des « raisons techniques », selon Les Echos (1).

L’Allemagne n’émet plus de nouvelles dettes, son budget est équilibré. Si les taux d’intérêt montent, les finances publiques allemandes le supportent. Pour les pays à gros déficit public que sont l’Italie et la France, si les taux d’intérêt montent, c’est la catastrophe.

L’Italie a un stock de dettes encore plus gros que la France (132,6% du PIB contre 96% du PIB pour la France).

Le maillon faible de l’Italie

Dans le cas de l’Italie, une étude de l’économiste Martin Schultz de Citigroup montre que les gros vendeurs de dette italienne à la BCE ont été les étrangers, les ménages italiens et les investisseurs particuliers. Les banques italiennes ont conservé leurs positions stables.

« La question est qui parmi ces vendeurs pourrait repasser acheteur si la BCE réduit son exposition et qu’est-ce que cela impliquera pour les rendements en Italie ? », s’interroge Martin Schultz.

Rendement de l’emprunt à 10 ans du gouvernement italien

Les opérations monétaires ont fait baisser le rendement de 2,4% à 1,1%. Ils sont ensuite remontés avec la première réduction de rachats de 80 Mds€ à 60 Mds€.

Italie

Rappelons une implacable arithmétique. Pour que la dette de l’Italie ne grossisse pas, il faudrait que sa croissance soit supérieure à 2,72%, en supposant que les taux d’intérêt restent à 2%. S’ils passaient à 3%, il faudrait que la croissance de l’Italie atteigne 3,96%. Des chiffres jamais vus depuis 17 ans.

L’Italie a des élections en 2018. Les partis eurosceptiques montent dans les sondages. Il est improbable que les acheteurs étrangers se bousculent pour acheter la dette italienne.

Derrière l’Italie, le contexte électoral mis à part, la France n’est pas dans une situation très différente.

Mario Draghi s’est laissé toutes latitudes dans son discours de la semaine dernière, indiquant que les durées de ses programmes de rachat pourraient rallongées, les montants être revus, etc…

Les opérations monétaires sont inutiles et nuisibles

La mascarade va encore durer. Les opérations de rachats obligataires ou quantitative easing n’ont rien à voir avec le bien-être économique.

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Simone Wapler