Les taux d’emprunt des différents pays de la Zone euro s’écartent à nouveau malgré les QE. L’Italie souhaite un jubilé et effacer 250 milliards d’euros de dettes. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

La situation en Italie dégénère politiquement. Le nouveau Premier ministre par intérim est pro-FMI, pro-euro, pro-austérité (un gouvernement taxe avant de dépenser). Les Italiens ont pourtant voté pour le contraire.

Financièrement, Mario Draghi fait tout ce qu’il faut. Les rendements sur la dette italienne sont sous contrôle grâce aux rachats de la Banque centrale européenne.

La cuisine officielle des QE veut que si Mario Draghi achète une louche de dette italienne, il doit aussi acheter une bonne pincée de dette espagnole, un soupçon de dette grecque, mais une casserole de dette française et une marmite de dette allemande. Car les rachats se font au pro rata des poids économiques.

Du coup, voici ce que cela donne sur les rendements des dettes de chaque pays :

voici ce que cela donne sur les rendements des dettes de chaque pays

Source Boursorama

Le gouvernement français peut emprunter à 10 ans pour 0,71%, le gouvernement allemand à 0,32%, l’Italie à 2,34% et la Grèce à 5,08%. Pas vraiment de quoi se mettre la rate au court-bouillon. Les vendeurs à découverts, tels des charognards, sont tenus à l’écart de la carcasse italienne par les feux du QE. Ce calme ne durera pas.

Comme dit et redit, si un pays est endetté à plus de 100% de son PIB et que les intérêts de sa dette sont supérieurs à son taux de croissance, ce pays creuse le trou. C’est un zombie financier.

L’austérité bidon du FMI mais pas l’austérité vertueuse

Sauf à pratiquer l’austérité, un zombie reste un zombie.

La vraie austérité ne consiste pas à taxer plus pour financer les dépenses publiques. C’est en général celle que souhaite le FMI au prétexte de ne pas faire d’ingérence politique.

L’austérité vertueuse consiste à réduire les dépenses publiques. Mais personne dans les pays cigales ne veut de l’austérité : ni celle du FMI, ni la vertueuse qui consiste à revoir la taille de l’Etat, comme l’ont fait les pays fourmis.

Dans les pays cigales, on aime bien les hommes providentiels qui ont des solutions miracles à tous les problèmes de chacun de leurs électeurs.

En route vers le jubilé qui va engloutir votre argent

Très bientôt, des centaines de millions de gens vont défiler dans les rues et exiger de leur gouvernement de « faire quelque chose ».

Ecrasés par le poids de leurs dettes, ils voudront s’en débarrasser et qu’on « remette les compteurs à zéro ».

Ce mouvement commencera peut-être en Italie… Les populistes élus ne parlaient-ils pas d’effacer 250 milliards d’euros de dette publique ?

Il pourrait aussi bien commencer ailleurs : aux Etats-Unis, ou en France. Il est probable qu’il commence là où le consommateur est le plus endetté et là où les taux longs montent le plus rapidement.

La dette, ce n’est pas ce qui manque.

233 000 milliards de dollars de dettes publiques et privées dans le monde (1).

C’est bien plus qu’en 2008 qui était déjà une crise de la dette. Car le revers du crédit, c’est la dette.

On parle de « crédit subprime » mais on devrait dire « dette subprime. »

Le problème avec la dette, c’est qu’elle est de la croissance empruntée au futur. Autrement dit, si on considère que la dette devra être remboursée, elle réduit la croissance à venir.

233 000 milliards de dollars de dettes dans le monde Plus de 3 fois le PIB mondial

Notez le niveau d’endettement du secteur financier rapporté à l’économie. Il nous prouve que le secteur financier est un parasite qui a plus grossi que son hôte.

Le parasitisme financier ne peut se traiter que par la faillite

Pour réduire ce parasitisme qu’est devenue l’industrie financière, il faudrait une crise monétaire et financière monstrueuse, plus importante encore que celle de 2008. Mais les « autorités » ont préféré sauver ce qui était trop gros pour faire faillite.

Si la dette pèse trois fois le PIB (c’est le cas aujourd’hui) et que les taux d’intérêt moyens sont à, disons 3%, alors il faudra prélever 9% par an au PIB rien que pour payer les intérêts.

Avec des taux de 2%, il faut prélever « seulement » 6% du PIB.

A 0%, en revanche, la dette semble indolore. C’est pour cela que les taux ont été forcés à la baisse par les banquiers centraux spoliant les retraités et les épargnants.

Si les taux remontent, tout s’écroule.

  • Les Etats providence font défaut sur leurs engagements de retraite, de santé.
  • Les entreprises font faillite comme récemment le n°1 britannique du BTP, Clarillion et ses 43 000 employés (2)
  • Les ménages passent en commission de surendettement
  • L’immobilier s’effondre, le marché n’étant plus soutenu par le bas
  • La consommation se réduit comme peau de chagrin car le crédit à la consommation n’est plus à l’ordre du jour
  • La bourse craque et l’obligataire implose
  • Les recettes fiscales des Etats s’écroulent sauf à pressurer les contribuables

Les gens seront écrasés sous le fardeau.

La révolte des esclaves de la dette

Car les banquiers centraux peuvent bien créer de la dette (du crédit) comme ils l’entendent mais ils ne peuvent pas créer des contribuables solvables. Ce ne sont pas « les riches » ou « les autres » ou l’Etat qui va payer. Ce sont les épargnants comme vous et moi.

Rendu esclave de la dette, quelque part dans le monde, un peuple exigera de son gouvernement de « faire quelque chose ».

Les Etats-Unis, la France, l’Espagne, l’Italie, peu importe…

…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.