Chacun essaye de supporter ses parasites. En France, c’est l’Etat devenu obèse, en Afrique, c’est la famille qui n’a rien à voir avec l’état-civil.
(Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Samedi. Je suis en panne tout près de Dolisie, Chef-lieu du Niari, ancienne capitale agricole du Congo Brazzaville. Le chauffeur est parti chercher un roulement neuf pour notre Mitsubishi dans des endroits improbables peu fréquentés par les « Mundélés », les Blancs. Non pas que ce soit dangereux, mais pour mieux en négocier le prix.

Nous avons eu de la chance d’être parvenu jusqu’ici. Trois mécaniciens s’affairent autour et même sous la voiture dont le train arrière ne tient que par un cric posé sur de la terre battue. Au mépris de toute norme de sécurité européenne.

Voiture en panne - Congo
Panne au Congo

Nous attendons en centre ville, dans une boulangerie avec salon de thé attenant, le Dolithé. La boulangerie semi-industrielle avec ses gros fournils a été montée par un Mundélé mais derrière le comptoir du Dolithé,un Congolais souriant. Apprenant que nous sommes français, il bascule immédiatement la télévision sur France 24.

Les Champs-Elysées de Dolisie

 - Congo
Les Champs-Elysées de Dolisie

Les images de Paris et des manifestations (émeutes ?) emplissent le grand écran.

« Alors, il ne faut plus partir en France ! »s’esclaffe-t-il,  « vous êtes mieux ici…  Mais que veulent-ils exactement ? »

Bonne question. Comme beaucoup de monde, j’ai vu la liste des 25 revendications qui circulent sur internet.

Charte officielle des Gilets jaunes

Certaines revendications seraient accueillies avec des larmes de joie de la part des libéraux. D’autres feraient le bonheur d’un Mélenchon fervent admirateur du succès du Venezuela. D’autres encore d’une Marine Le Pen.

« Bof… comment dire, tout et son contraire. »

« Ici, tout le monde veut partir en France. Les salaires sont élevés, chacun le sait. La ville ne va pas bien. À Dolisie, les fonctionnaires ne sont plus payés, sauf la police et la gendarmerie. Les Chinois payent très mal et ils ne dépensent rien sur place ».

« En France, il n’y a pas de travail pour tout le monde et la vie est très chère : le logement, la nourriture, l’essence. Les salaires sont élevés mais c’est une illusion, on paye beaucoup d’impôts. Nous sommes les champions du monde de l’impôt ».

« Oui, oui…  mais au moins vous en avez pour votre argent, c’est pas comme ici !

« Non, les gens ne pensent plus qu’ils en ont pour leur argent. Ceux qui travaillent ont l’impression qu’ils travaillent non pas pour devenir plus riches mais pour essayer de ne pas devenir pauvre… Au moins ici,ceux qui travaillent vraiment peuvent s’enrichir ».

« Non, non, ce n’est pas vrai. Ils rêvent de partir parce qu’il y a la famille, la famille tu sais, comme ici, pas comme en France ».

Oui je sais : ici on a beaucoup de pères, de mères,d’oncles, de tantes, de neveux, de cousins. Beaucoup, beaucoup plus que le simple état-civil.

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