Par Simone Wapler (article initialement publié dans La Chronique Agora ). Nous assistons à une montée de la réticence des populations à financer les redistributions d’un gros Etat central. Hier, je me moquais du retour des impôts sur les « signes extérieurs de richesse ». En outre, cette appellation montre que nous sommes gouvernés par des cuistres que le pléonasme ne rebute pas, un ‘signe’ étant nécessairement extérieur. La « grève des riches » tend à remettre en cause des principes de redistribution aveugle et d’assistanat permanent avec « l’argent des autres ».

Un lecteur, David, réagit :

« Pourquoi êtes-vous autant obnubilée par les impôts sur le revenu, ou l’ISF, quand nos cotisations sociales nous coûtent 25 fois plus cher (et à l’échelle France, à la louche, 75 Mds de recette vs 1 100 Mds de dépenses publiques) ? »

Un autre lecteur, Sébastien, fait une réponse claire et argumentée sur le plan économique que je vous invite à consulter. En très résumé :

« Il s’agit donc de leviers fiscaux particulièrement absurdes, le ratio entre les recettes générées et l’impact sur l’économie est désastreux, bien plus que pour les cotisations sociales. »

Maintenant, je souhaiterai aborder la question sur un plan politique.

Nous vivons en démocratie, dans un système selon lequel une tête = une voix.

Rappelons que ce principe n’est pas une évidence, que les cités grecques pratiquaient une démocratie censitaire et étaient aussi peuplées d’esclaves qui ne votaient pas.

Si une majorité paie pour une minorité, ce type de démocratie « une tête = une voix » ne pose aucun problème. La majorité débat et s’accorde sur les aides et l’addition; la minorité reçoit.

Dès lors qu’une minorité paie pour une majorité, ce système ne tient plus la route. La majorité qui reçoit quelque chose en voudra toujours plus tandis que la minorité qui donne a une capacité limitée.

Pas de représentation sans taxation ?

« Pas de taxation sans représentation » : la guerre d’indépendance américaine a commencé avec ce slogan. Les Américains payaient pour l’Angleterre sans avoir de représentants au Parlement.

Mais l’inverse peut être dit : « pas de représentation sans taxation ». Les voix de ceux qui ne paient rien mais reçoivent sont-elles nécessairement légitimes ?

Les capacités de la minorité ont été dépassées et nous sommes arrivés à la limite. C’est ce qui explique l’augmentation phénoménale de la dette publique dans la plupart des pays développés et démocratiques.

Cette dette finance des dépenses de « redistribution » des « transferts sociaux » qui dépassent largement les moyens de ceux qui payent – et même les moyens des générations futures.

Pour ne pas faire défaut, il faut forcer les taux d’intérêt à des niveaux dérisoires qui pénalisent les épargnants.

D’où cette tentation de « grève des riches » auquel nous commençons à assister en Europe.

Les Catalans disent qu’ils ne veulent pas payer pour les Espagnols.

Les Vénitiens et les Milanais renâclent au mezzogiornio.

Les Flamands ne veulent plus gaver les Wallons.

Les Ecossais souhaitent garder la rente pétrolière pour eux…

D’une façon générale, les gens n’aiment pas payer pour ce qui est lointain et sans en voir les résultats.

D’une façon générale, les petites copropriétés sont mieux gérées que les grands ensembles.

D’une façon générale, plus les décisions sont prises à un échelon local mieux c’est. Chacun constate assez vite les effets des mauvaises décisions qui ont plus de chances d’être corrigées rapidement.

Bien entendu, un sentiment national ne tient pas à une comptabilité nationale. Mais les bons comptes font les bons amis et indépendance et autonomie sont deux choses différentes.

L’heure des comptes approche

Si la « grève des riches » tend à remettre en cause des principes de redistribution aveugle et d’assistanat permanent avec « l’argent des autres », tant mieux.

Si la « grève des riches » conduit à réfléchir sur le rôle de l’Etat central et son emprise sur l’économie, tant mieux aussi.

Si la « grève des riches » tend à faire revenir plus d’autonomie, encore mieux. L’Europe de ses débuts avait posé le principe de la subsidiarité selon lequel « la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, revient à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont directement concernés par cette action ». Ce principe a été piétiné.

Comme disait Margaret Thatcher : « le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres ».

Le recours à la dette publique et à un système monétaire et bancaire intrinsèquement malhonnête ont permis de maintenir les illusions alors que « l’argent des autres », le vrai capital gagné par les contribuables, était épuisé.

L’heure des comptes approche car même à taux zéro, de plus en plus de gens comprennent que la dette est insoutenable.

Les Allemands le savent et Emmanuel Macron a peu de chance de voir aboutir son grand projet de « budget de la Zone euro ».

 

Simone Wapler pour La Chronique Agora

 

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