La sortie des « politiques monétaires non conventionnelles » ne coule pas de source. Pour contrer une future panique, les mesures contre le cash se multiplient. Tout sur la Société sans cash ici

 

Mon radio-réveil s’allume ce matin. Les petits électrons dans les fils de cuivre ont bien fait leur boulot. Je repousse mon drap en coton d’Égypte tissé en France (on a ses faiblesses).

Mario Draghi doit indiquer aujourd’hui la « politique monétaire » que suivra la BCE.
Pauvre Mario….

Dans la cuisine, mon regard flotte sur le café encapsulé par un géant de l’agroalimentaire helvète. Mais, comme toujours, je préfère le thé de Chine, en vrac, infusé dans une grosse théière.

A la radio, Jean-Claude Trichet, qui a occupé le poste de Mario Draghi, donne gravement son avis sur ce devrait faire Mario et les difficultés de ses prises de décisions. Inflation, croissance potentielle, compétitivité relative, eurodollar, taux directeur, déficit, balance commerciale, blablabla…

Mon pain saute du grille-pain.

L’eau chaude coule de ma douche, comme tous les jours. Choix des vêtements, vite fait compte_tenu de la météo. Choix de mon « livre de métro », plus compliqué. Écriture découpée et poids sont deux critères importants.

Remonter les derniers mails sur mon téléphone avant de pendre le métro…

Tout ce que j’ai consommé, tout ce dont je me suis servi ce matin représente des circuits de production et de décision infiniment complexes. Ces circuits me permettent d’avoir bien plus que ce que mes seules capacités pourraient m’offrir.

Laissez-moi seule même pendant 10 ans et je n’arriverai même pas à refaire une simple ampoule, encore moins une ampoule led. Et, en admettant que j’y parvienne, qui me fournira l’électricité ? Pourquoi du thé de Chine plutôt que du café brésilien, le matin ?

Il y a le prix et la valeur.  J’accorde plus de valeur au thé de Chine qu’au café brésilien. Tout au moins le matin. Je me moque du taux de change entre l’euro et le yuan ou l’euro et le real. Mais je suis contente que Marco Polo ait ouvert la Route de la Soie et qu’en 1492, Christophe Colomb ait atterri par hasard quelque part pas loin du Brésil.

Et il y a le prix, en euro de mon thé ou de mon café. Je ne suis pas seule au monde, il y a des milliards d’autres bipèdes. Certains prennent du chocolat, d’autres préfèrent le lait. Certains circulent en métro, d’autres à pied, à vélo ou en voiture.

Prix – valeur. Ce que je préfère, ce que d’autres préfèrent… Ce sont ces milliards de décisions quotidiennes que Mario Draghi doit influencer avec sa politique monétaire pour que la moyenne de ces milliards de décisions aillent dans la « bonne direction ». En France, en Espagne, en Autriche, en Chine, au Brésil, aux Etats-Unis. Taux de change, inflation, croissance…

Cette croyance est tout simplement inepte. Nos banquiers centraux omniscients ne savent plus quoi faire avec leurs boutons « Taux », « Imprimer » et « Supprimer » pour ajuster la quantité de monnaie dans l’économie. Mais même en ne faisant rien, ils trouvent le moyen de nuire.

Nous voyons une expression revenir de plus en plus souvent dans la presse anglosaxonne : « low wage growth » ou encore « low wage, slow growth« . On pourrait traduire ça par « croissance molle à bas salaire ». Depuis la fin de la réunion de Jackson Hole, le 25 août, le dollar a plongé et les missiles coréens n’y sont pour rien.

De l’autre côté de l’Atlantique, à la BCE, notre Mario Draghi est bien embêté. La presse anglophone semble croire mordicus qu’il va « faire quelque chose » pour préparer à la fin de la création monétaire en euro. The Wall Street Journal, mardi 5 septembre 2017 Un signal de la BCE attendu quant à la réduction du stimulus monétaire.

« Les investisseurs sont aux aguets, prêts à larguer les obligations de la Zone euro et à acheter la devise dès que la banque centrale donnera un signal clair que son retrait de ce marché est proche ».

Côté allemand, on enfonce l’épée dans les reins de Mario qui plaide que l’euro est déjà très fort. « Nous sommes totalement décontractés face à la vigueur actuelle de l’euro (…) Ni la vitesse ni l’ampleur de son appréciation ne nous inquiètent », indique à Reuters Anton Börner, président de la fédération des exportateurs et grossistes allemands.

Le mois dernier, la Cour suprême allemande statuait que le QE pourrait être contraire au droit allemand mais a finalement poussé le dossier à la Cour européenne de justice au Luxembourg. La politique monétaire de Draghi est devenu un sujet chaud de la campagne allemande et les élections sont le 24 septembre.

Les Allemands sont furieux de la hausse de l’immobilier qu’elle a suscitée. Prix – valeur… Les Allemands n’accordent pas la même valeur que les Français à l’immobilier, moins d’affectif pour ces biens. En quoi tout cela nous concerne-t-il ? Si le crédit infini et gratuit n’est plus garanti par Mario Draghi, tout s’écroule : la Grèce, les emprunteurs faibles, les bulles obligataires, immobilières, les banques plombées de créances douteuses. C’est retour à la case 2008, en pire. Car mauvaises créances et prêts douteux se sont multipliés.

Pour nous obliger à laisser notre argent dans les banques, la guerre contre le cash s’intensifie. En Italie, artisans et commerçants auront l’obligation de proposer à leurs clients d’effectuer des paiements électroniques. Petits commerçants et artisans ont fait valoir que les frais liés aux terminaux de paiements atteignaient dans certains cas 550 € par mois, selon Les Echos.

En France, La Poste ne propose plus le mandat cash urgent. Il faudra se contenter du mandat cash ordinaire avec lequel l’argent n’est disponible que sous 24 heures. Au Portugal, la nouvelle loi L92/2017, entrée en vigueur le 23 août dernier, limite l’utilisation du cash à 3 000 € (10 000 € pour les non-résidents). C’est moins pire qu’en France, mais c’est un bon début.

Le contrôle de notre argent, pour quoi faire ? Mais terminons sur une note gaie. En Grèce, tout va mieux, nous vante Les Echos !

Voir aussi sur le sujet :

Société sans cash : une dangereuse dérive

Commentaire de mon collègue qui a attiré mon attention sur cet article : « Je me suis dit que la mesure devait être significative après deux ans de contrôle des capitaux mais c’est loin d’être un retour à la normale.

En gros les Grecs pouvaient retirer 840 € tous les 15 jours soit 1 680 € par mois. Mais ça, c’était avant.Ils peuvent depuis le 1er septembre 2017 retirer 1800 € par mois soit 120 € de plus.

C’est merveilleux !– Juin 2015 : 420 € par semaine.

Premier allègement en juillet 2016 : 840 € tous les 15 jours soit le même montant mensualisé.

Deuxième allègement cet été : 1 800 € par mois soit un allègement réel mensuel de 120 € sur 2 ans.

Dans un an, ils pourront peut-être retirer 120 € en plus par mois… «  Tout cela pour sauver des banques véreuses et permettre au gouvernement grec de s’endetter à nouveau avec la caution des contribuables européens. Devrais-je préférer de la feta pour mon petit-déjeuner pour soutenir la Grèce ? « La valeur que chacun accorde à la monnaie est la valeur qu’il accorde aux biens qu’il pense pouvoir acheter avec cette monnaie.

Elle dépend en particulier des biens disponibles et de la quantité totale de monnaie disponible. […] Créer de la monnaie ne crée aucune richesse réelle, mais donne des droits sur des biens réels à ceux entre les mains desquels apparaît cette monnaie sans qu’ils aient eux-mêmes contribué à la création de biens.

Quelqu’un soit l’auteur, cette opération bénéficie à ceux entre les mains de qui la monnaie apparaît et lèse les possesseurs actuels de monnaie. B. A. BA d’économie, Gérard Dréan Peut-on faire la grève de la monnaie ? Oui, évidemment.

En utilisant l’or et ou l’argent (il va falloir que j’arrive à convaincre Nestlé et ma boulangère) ou encore en s’intéressant aux cryptomonnaies. Pour commencer à vous y intéresser, pourquoi ne pas jouer avec ces monnaies ? Savez-vous qu’entre un billet de loto et une sous-variété de bitcoin, vos probabilités de gain sont bien supérieures dans le second cas.

Découvrez ici le principe qui fait que 20 € peuvent se transformer en 2,18 M€ en trois jours ! Plus Mario Draghi « fera tout ce qu’il faut » en jouant avec l’euro, plus vos chances de gains augmentent en jouant avec les cryptomonnaies. Pauvre Mario…

Par Simone Wapler 

 

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