Le sujet de la dette est devenu un sujet bateau. Mais personne ne parle de l’inflation qui pourrait être l’épingle qui fera crever la monstrueuse bulle obligataire mondiale. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

C’est le jeu des prévisions annuelles.

Les boules de cristal sont époussetées et consultées.

Les courbes sont prolongées par leurs asymptotes (pour les non matheux : vous prenez une règle, vous la posez sur la dernières partie de la courbe, vous regardez dans quelle direction pointe la règle, vous tracez la droite et vous annoncez doctement le chiffre qui correspond à l’horizon de temps de votre prévision).

On utilise les mots dans l’air du temps pour se donner un air sérieux : « disruptif », « impact », « intelligence artificielle », « réforme structurelle », « externalités » et… roule ma poule, c’est reparti pour un an.

Je déteste les prévisions. Non pas par peur de me tromper, j’en ai l’habitude. Tout simplement parce que c’est inutile.

Il y a quelques grandes certitudes : les choses ont tendance à retourner vers leurs moyennes. Ce qui a trop monté baisse et ce qui a trop baissé remonte.

Mais personne, personne, personne, pas un bipède, même pas un fonctionnaire omniscient ou un énarque polytechnicien ne sait prévoir le moment où un « point de retournement » sauvage se produira dans une courbe de prix (pour les non matheux, la courbe change brutalement de direction. Ce qui montait baisse ou l’inverse).

Exemple mathématique de points de retournement ou rebroussement

Tout simplement parce qu’une courbe de prix reflète la psychologie d’une foule ; un point de rebroussement est l’équivalent sur les marchés financiers d’une émeute en politique.

Pour ne pas décevoir mes gentils et patients collègues (et peut-être vous-même, cher lecteur), je vais cependant me livrer à la traditionnelle douteuse pratique prévisionniste que j’abhorre…

Je prévois donc…

Les « … » pour entretenir un suspense haletant…

… Un retour de l’inflation pour le second semestre 2018.

Je peux vous le formuler en style prétentieux journalistique et parasitocratique pour faire plus sérieux (et préparer ma reconversion, au cas où ce serait nécessaire) :

« Les opérations de quantitative easing vont commencer à produire des externalités négatives globales dans les sphères macroéconomique et microéconomique de l’économie réelle compte tenu du leverage actuel ».

Précisons notre pensée cristalline.

Je ne parle pas de l’inflation des actifs financiers. Je laisse ceux qui pensent que les actions vont progresser en 2018 disserter sur le caractère « disruptif » justifiant qu’Amazon se paie 244 années de bénéfices et Netflix se paie 195 années de bénéfices. Je laisse les actuaires méditer sur la profonde signification des taux d’intérêt négatifs et de la valorisation stupéfiante des obligations correspondantes.

Je parle de l’augmentation des prix de notre vie de tous les jours.

Pour une fois, le Decodex du journal Le Monde, cet organisme de « police de la pensée », nous donne du grain utile à moudre.

Les Décodeurs

Toute une collection de prix augmente en France.

Comme le souligne avec bon sens ma collègue Cécile Chevré de La Quotidienne en commentant les commentaires du Monde : « le problème n’est pas que le gouvernement soit responsable ou pas de la hausse des prix, mais que les prix augmentent ! »

A ce sujet, je vous invite à lire l’article de Bill Wirtz sur le marquage des denrées alimentaires. Toute réglementation induit une contrainte supplémentaire et donc un surcoût pour le producteur qui sera au final payé par le consommateur. Toute la question est donc de savoir si ladite réglementation est véritablement utile. Pensez-y en chaussant vos lunettes pour déchiffrer les mentions figurant sur vos produits favoris.

Aux Etats-Unis, les marchés flairent déjà l’inflation.

En juin 2017, la Fed, par la voix de Janet Yellen, a publiquement reconnu ne rien comprendre à l’inflation. C’est normal, les procédures de mesures statistiques de l’inflation ont été tellement bidouillées par le passé pour la minimiser qu’elles sont devenues totalement ineptes et incapables de prévoir un retournement de tendance.

Dans le même temps, la Banque centrale européenne et la Banque du Japon annonçaient qu’elles maintenaient leurs niveaux inédits de création monétaire alors même que leurs économies respectives allaient mieux.

Depuis cette date, le rendement des bons du Trésor US à 10 ans semble avoir cassé sa grande tendance baissière qui durait depuis 20 ans.

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…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.