Nul ne connaît le petit bruit qui fera revenir les marchés à la réalité et dissipera les rêves. Mais la prochaine crise sera plus que financière, elle sera monétaire. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Depuis la CFM (la crise financière mondiale) de 2008, beaucoup de chemin a été parcouru (1).

Comme le rappellent opportunément les éditoriaux et commentaires anniversaires, des milliers de milliards sous forme de crédit gratuit ont été déversés pour éviter le pire et stabiliser l’économie, selon la version officielle. En réalité, pour protéger les fauteurs de trouble et empêcher l’assainissement selon notre version.

Pour les amateurs de précision, la capitalisation  des entreprises cotées a gagné 54 000 Mds$ (par comparaison l’économie mondiale produit tous les ans 70 000 Mds$). Selon toutes les règles d’évaluation traditionnelles, actions comme obligations sont surévaluées. D’où pourrait donc venir le coup qui viendrait réconcilier les valeurs avec la réalité au lieu de les laisser flotter dans le rêve ?

Souvent, comme dans un bienheureux sommeil, il suffit d’un tout petit bruit pour vous réveiller. Et plus vous dormez depuis longtemps, plus vous devenez sensible…

Voici le genre de petit bruit parasite qui pourrait faire s’écrouler les valeurs tech :

« Soupçon de corruption chez Amazon – Amazon est en train d’enquêter après que la firme s’est fait signaler l’existence d’intermédiaires qui proposent aux marchands indépendants de faire enlever des avis négatifs et de réactiver des comptes bannis.« 

Peut-être que ce petit bruit rappellera à la réalité les dormeurs qui se demanderont si finalement la valorisation d’Amazon est justifiée.

Ou alors, la diminution des revenus en provenance des annonceurs encaissés par ces mêmes valeurs techs. Sachant que de flatteurs taux de clics sont dus à des robots, les annonceurs se montrent moins empressés…

L’écroulement des valeurs techs entraînerait celui des indices actions, gonflés de ces mêmes valeurs techs, puis le reste du marché. Le plus grave sera que la crédibilité des banquiers centraux en sera ruinée. Nous devrions donc assister à une fuite devant la monnaie.

Evidemment, ce petit bruit pourrait être aussi une faillite loin du cœur du système, dans un pays dit émergent.

En général, les grands chocs viennent d’une petite secousse à la périphérie – un frémissement d’abord jugé insignifiant – qui ensuite se propage au cœur du système, sonne le retour à la réalité et réveille les dormeurs.

Une chose me paraît probable, la prochaine crise ébranlera jusqu’à la monnaie car les banquiers centraux ont déjà « tout donné ». A défaut de connaître l’heure de l’arrivée de cette nouvelle crise, je revendique sa future appellation : la GAF comme Grande Apocalypse Financière.

Lorsque le système de Law a fait faillite en France, le signal du retour à la réalité avait été donné par deux grands personnages.

Rappelons que John Law fut à l’origine au début du XVIIème siècle de deux innovations majeures :

  • La monnaie papier d’Etat qui circule sans problème de confiance. Cette monnaie est certes échangeable contre de l’or et de l’argent mais c’est la première fois que du papier s’impose à grande échelle.
  • Une élégante opération de QE  (quantitative easing) ou OMT (outright monetary operations) : les emprunts d’Etat sont retirés de la circulation et repris par la Banque Royale en échange d’actions de la société de la compagnie d’Occident.

Ces innovations étaient motivées par le besoin de masquer l’insolvabilité de l’Etat français.

En mars 1720, le prince de Conti se rend à la Banque Royale avec ses billets et demande à les échanger en or. Il part avec trois chariots d’or. Il fut suivi par le duc de Bourbon.

D’autres pensèrent alors que le moment était venu de matérialiser leur nouvelle fortune. Hélas, il n’y avait d’or que  pour 20% des billets en circulation. Pour tenter de prévenir le désastre et dissuader les demandes de remboursement en or, un édit royal dévalua les billets face à l’or. La détention de métaux précieux au delà de 500 livres fut interdite, la dénonciation des contrevenants encouragée. Mais rien n’y fit.

Les gens continuaient à se présenter au guichet voulant partir avec de l’or.

Finalement la banque ferma.

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