Le bitcoin fait l’objet d’une enquête de la part de la justice américaine. Mais les manipulations les plus graves se déroulent ailleurs. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Aujourd’hui dans Le Figaro, un article caricatural rassemblant tous les poncifs à propos de cette monnaie.

Je ne résiste pas à vous en livrer quelques perles.

« Ces nouvelles formes de monnaie, qui ne sont adossées à aucun actif (et n’ont donc pas de valeur intrinsèque), s’échangent sur des Bourses rarement enregistrées auprès des régulateurs de marché américain. Cela permet plus facilement à des traders escrocs de reproduire, voire d’amplifier les arnaques intervenant parfois sur les marchés réglementés traditionnels (devises, actions, taux, marchés dérivés…). »

Vous noterez cher lecteur que l’euro, lui aussi, n’a aucune valeur intrinsèque. L’euro serait exempt d’arnaque car il s’échange sur des « marchés réglementés traditionnels ». La bonne blague !

Il y a une différence entre les cryptomonnaies et l’euro : personne ne vous contraint à acheter ces monnaies, tandis que vous êtes légalement obligé d’avoir des euros pour payer vos impôts si vous résidez en Zone euro.

Donc vous pouvez vous soustraire très facilement aux prétendues arnaques des escrocs pourchassés par la sourcilleuse justice américaine. Il suffit de vous tenir à l’écart de cette chose si sulfureuse. En revanche, vous ne pouvez pas échapper aux arnaques de la Banque centrale européenne, à ses manipulations de taux.

Malgré tout, la Banque centrale européenne sentirait-elle une concurrence déloyale et menaçante ?

La Banque centrale européenne (BCE) vient, elle, d’encourager les banques à séparer de leur bilan toute activité de négoce avec des cryptomonnaies et de les couvrir avec assez de fonds propres. Cette mise en garde intervient alors que des banques comme Goldman Sachs ont annoncé leur intention de se lancer dans le courtage de produits financiers liés au bitcoin.


Ceci signifie que si les banques européennes veulent faire joujou avec des cryptomonnaies et en proposer à leurs clients, elles vont devoir immobiliser beaucoup de fonds propres pour couvrir les risques. Alors que si elles achètent des milliers de milliards de dette italienne, grecque ou française, c’est zéro risque et elle n’ont pas besoin d’immobiliser un euro de fonds propres. Italie, Grèce ou France sont pourtant des pays surendettés qui seraient en faillite si les taux d’intérêt remontaient à 3% ou 4%.

Certaines manœuvres de manipulation décrites dans cet article, certaines sont similaires à celles que pratiquent actuellement les banquiers centraux.

« Pour s’enrichir rapidement, certains escrocs utiliseraient aussi la technique dite ‘de la bouilloire’. Dans ce cas, plusieurs personnes se concertent pour acheter et faire ainsi grimper le prix de valeurs généralement peu liquides, ce qui est le cas aujourd’hui des monnaies virtuelles. Convaincus qu’une hausse durable du titre est en marche, des investisseurs se laissent alors berner et achètent le titre. »

Tiens, tiens, n’est-ce pas ce que fait la Banque centrale européenne lorsqu’elle rachète des titres de dette en placement privé, c’est-à-dire avant même qu’ils soient proposés au marché régulé  ?

L’arnaque des résultats des entreprises

Personne ne s’intéresse à une autre arnaque qui fait aussi beaucoup plus de victimes que celles des cryptomonnaies : la très créative présentation comptable des résultats des entreprises américaines.

Les résultats comptables GAAP augmentent mais les résultats économiques déclinent Les résultats économiques des 1 000 plus grandes entreprises américaines chutent

Les résultats comptables GAAP augmentent mais les résultats économiques déclinent

Les résultats économiques des 1 000 plus grandes entreprises américaines chutent

Les entreprises américaines communiquent leurs résultats selon des normes codifiées GAAP (general accepted accounting principles).

Cette présentation comptable permet d’ignorer les coûts de financement des capitaux propres et la croissance du bilan. Quelques trous noirs de cette norme permettent aussi de faire passer à la trappe des dépenses relatives aux impôts ou aux fonds de retraite.

Les résultats économiques, eux, prennent en compte la véritable trésorerie dégagée par les entreprises. Ils ont chuté de 13% en 2017 et sont à leur plus bas niveau depuis 2010.

Le cours d’une action est censé refléter l’évolution des bénéfices anticipés. La hausse du marché actions en 2017 n’a donc pas de fondement solide.

La pratique du rachat d’action ou buy back permet par ailleurs une autre manipulation facile. Il suffit à une grosse entreprise bien notée par les agences de crédit d’emprunter à bas coût pour racheter ses propres actions et en faire mécaniquement monter le cours.

…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.