Si quelqu’un veut vous vendre quelque chose en dessous de son prix de revient, pourquoi ne pas en profiter et continuer à vaquer à vos occupations ? (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

De temps en temps, cher lecteur, vous nous écrivez.

Nous lisons toujours et nous répondons parfois.

Dans le cas de J-B J., je me suis permise de glisser mon grain de sel en bleu dans le texte.

De J-B J, le 28 février :

« Lecteur assidu et toujours très intéressé par la Chronique Agora, j’aimerai toutefois revenir sur l’article de Simone Wapler du 3 février et ceux en général de Bill Bonner.

Plus particulièrement dans l’article de Simone Wapler, vous fustigez le protectionnisme, en vous appuyant pour cela sur un écrit de Frédéric Bastiat, cet économiste génial et trop méconnu en France (on ne nous l’enseignait même pas à l’université de sciences économiques à une époque où nos enseignants n’avaient d’yeux que pour… Marx ! C’était en un temps pourtant pas si lointain, à savoir en 1975 !)

Certes le protectionnisme est condamnable de par ses conséquences économiques et sociales, car l’Histoire a bien démontré que les pays s’excluant ainsi des échanges mondiaux se sclérosaient et végétaient, au grand dam du bien-être de leurs populations. Il me semble inutile de citer ici les pays qui ont démontré au XXème siècle ou démontrent encore aujourd’hui les méfaits d’une économie fermée.

En revanche, le libre-échangisme à tout-va démontre aujourd’hui ses effets négatifs, ainsi que l’a très bien décrit Michael Pettis (voir son interview à Atlantico publiée le 21/08/2017).

Il s’ensuit des situations de crise dans des domaines très divers, à savoir :

  • Chômage (le plus grave à mon sens, car il détruit le consensus social), suite à la fermeture des usines insuffisamment productives et/ou concurrencées de façon déloyale par des pays pratiquant un dumping social, environnemental, fiscal ou règlementaire et par des entreprises multinationales signant des accords fiscaux privilégiés avec certains Etats, ce qui fausse aussi la concurrence ;
    Qu’est-ce que le dumping social ? Qui définit les « normes sociales » ? Si des gens au-delà de nos frontières veulent nous vendre des choses à perte, pourquoi ne pas en profiter pour consacrer notre énergie à faire efficacement autre chose que nous vendrons fructueusement ?
  • Endettement des Etats (comme le nôtre), résultat des décisions laxistes et électoralistes de responsables gouvernementaux cherchant à résoudre les problèmes sociaux par la distribution d’aides, financées par… l’emprunt ;
  • Déficits commerciaux (puisque l’argent distribué par les Etats induit des importations massives en provenance des Etats ‘prédateurs’) ;
  • La crise de l’euro (celle d’hier en 2011 et celle à venir, compte tenu des déséquilibres cumulés de balance des paiements au sein de la Zone euro).

Hong-Kong et Singapour pratiquent le libre-échange total et unilatéral et affichent une prospérité enviable…

Mais Bill Bonner lui-même a bien démontré que les politiques économique, budgétaire, monétaire et de libéralisation des échanges (via le GATT, puis l’OMC) menées par les gouvernements des Etats-Unis depuis 30 ans avaient conduit à un appauvrissement des Américains moyens.

Et c’est évidemment la même chose en Europe.

Le libre-échange n’a rien à voir avec des « accords commerciaux » et se passe très bien de traités. Les « accords commerciaux » ne sont en réalité que des ententes clientélistes et corporatistes entre Etats et multinationales, faites sur le dos des contribuables. Ce que nous dénonçons.

Ce qui me parait donc contradictoire dans vos discours, c’est que vous puissiez ainsi dénoncer A LA FOIS :

  • le protectionnisme, qui empêche – en effet – le consommateur d’acheter des biens à bon marché ;
  • et l’appauvrissement de la population, ce qui diminue par conséquent la composante la plus importante du PIB des états et contribue ainsi à creuser les déficits budgétaires (du fait du poids de l’Etat-providence) et de balance des paiements.

L’appauvrissement de la population est dû aux interférences néfastes des politiques économique, budgétaire et monétaire. Le fait que l’Espagne produise plus facilement de meilleures oranges que les Norvégiens ne concourt pas à appauvrir les Norvégiens. Le fait que la Norvège ait l’idée saugrenue de taxer lesdites oranges, si.

Vous poussez le paradoxe encore plus loin quand vous réclamez – vous-mêmes – des frontières, afin de mettre en concurrence les systèmes politiques et juridiques.

En quoi est-ce un paradoxe ? La concurrence est bénéfique partout et en tout. « Tuer la concurrence, c’est tuer l’intelligence », disait Bastiat.

Les grands planificateurs omniscients, intellectuels et énarques qui aimeraient nous affliger d’un gouvernement mondial espèrent bien ainsi se débarrasser de toute concurrence législative et politique ce qui permettrait d’expérimenter leurs folies à l’échelle mondiale.

Vous allez me dire que les plus incohérents de tous, ce sont les citoyens-consommateurs-contribuables qui réclament A LA FOIS :

  • la protection permanente d’un Etat-providence, procurant des droits multiples tels que droit à l’éducation, droit à la santé, droit au logement, etc….
  • et ‘en même temps’ (comme dirait notre président !) de payer au plus bas prix leurs biens de consommation ?

Pourtant le bon sens populaire le sait bien depuis longtemps. Ne dit-on pas qu’il est impossible d’avoir le beurre et l’argent du beurre ?

Mêler Bastiat à ce débat me paraît un peu limite intellectuellement, car ce brave homme ne connaissait ni l’Etat-‘Nounou’ post 1945, ni le Capitalisme d’Etat (avec ses entreprises ‘zombies’ gavées de subventions, c’est-à-dire d’argent des contribuables) !

Bastiat connaissait très bien les protectionnistes, les syndicats et autres vendeurs de chandelles qui se plaignaient de la concurrence déloyale du soleil. Le capitalisme d’Etat représente justement la victoire des vendeurs de chandelles sur le pauvre diable qui aime lire lorsque le soleil est couché.

Bref, comme le dit très bien un lecteur d’Atlantico, en commentant l’interview de Michael Pettis, ‘notre pays (et tous les pays comme le nôtre selon moi) doit prendre position :

  • soit l’abandon de son système social ;
  • soit sa protection vis-à-vis de la concurrence déloyale’.

Interrogez les Français à ce sujet sur la voie qui a leur préférence et je pense que vous devinez quelle sera leur réponse !

Notre « système social » est ruineux et nous ruinera. Ce qui ne peut pas être payé ne sera pas payé, surtout quand « l’argent des autres » (celui des contribuables) est épuisé.

Reste évidemment à définir quel est le juste équilibre à trouver entre un libre-échange total et le protectionnisme intégral.

Ce dernier est évidemment à bannir absolument.

Quant au libre-échange, tout le monde comprend bien qu’un libre-échange total, type ‘renard libre dans le poulailler’, c’est-à-dire où tous les coups sont permis, est un système inadmissible, car cela signifie que la grande entreprise écrasera la PME, la grande distribution écrasera les agriculteurs, etc… !

C’est pourtant exactement ce que nous vivons au quotidien et qui n’est jamais dénoncé ni par les médias (gavés de subventions publiques il est vrai pour l’essentiel d’entre eux), ni par les politiques (tiens, pourquoi ? Que peut-on en déduire ?)

Le libre-échange n’a rien à voir avec le « renard libre dans le poulailler ». Il permet au contraire de contrarier le capitalisme de copinage, le lobbyisme permettant d’obtenir passe-droit, privilèges et des lois ficelées dans l’intérêt de copains et des coquins.

…Lire la suite de l’article de Simone Wapler sur le site de La Chronique Agora.