Une monnaie libre est une monnaie saine.

 

Une bonne monnaie possède trois caractéristiques :

  • C’est un instrument d’échange,
  • C’est un instrument comptable
  • C’est un réservoir de valeur.

Ces trois caractéristiques ont été codifiées il y a bien longtemps par Aristote.

 

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Pour certains, la monnaie n’est qu’une « convention sociale » comme le pensait Platon et la conservation de la valeur n’est pas une propriété importante. Il suffit que la monnaie circule.

De nous jours, Platon aurait été keynésien…

D’un point de vue libéral, la faculté « réservoir de valeur » d’une monnaie est fondamentale. Elle garantit à celui qui détient la monnaie la liberté de la dépenser ou non, de maîtriser quand il veut dépenser. C’est le « libre arbitre » qui donne sa dignité à l’Homme.

 

A défaut, le bipède est réduit à l’état « d’unité de consommation » pour reprendre le jargon de l’INSEE.

Ces deux visions de la monnaies sont très différentes et les experts parlent de monnaie aristotélicienne ou de monnaie platonicienne.

Aujourd’hui nous utilisons des monnaies platoniciennes, contrôlées par les banques centrales.

Si l’on voulait raconter une histoire accélérée de la monnaie elle serait la suivante :

Troc -> Dette -> marchandise -> or et argent -> Dette

 

  • La monnaie était inexistante dans de très petites communautés primitives qui éventuellement recourraient au troc

 

  • Elle fut longtemps dette dans l’Antiquité comme le rappelle David Graeber dans son ouvrage  Dette : 5 000 ans d’histoire. Des autorités religieuses ou politiques comme les scribes tenaient les registres de dette au sein de plus larges communautés.

 

  • Après divers essais de matières premières (céréales principalement), elle fut ensuite métallique, d’or et d’argent. L’adoption des métaux précieux fut une grande avancée.

 

  • Puis la monnaie est redevenue dette comme maintenant. Le solde créditeur de votre compte en banque est une dette inscrite dans une mémoire électronique dont le garant ultime est un Etat ou une banque centrale.

 

L’or et l’argent : une grande avancée en matière de monnaie.

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Dans l’Antiquité, le grain était une monnaie marchandise et la comptabilité tenues par endroit en boisseaux d’orge.

 

L’or et l’argent se sont imposées comme « monnaie marchandises » parce que ces deux métaux précieux

  • constituaient un réservoir de valeur
  • se conservaient bien
  • étaient bien connus et reconnus ce qui favorisait les échanges
  • étaient par conséquent souvent utilisées en comptabilité par les marchands.

 

Le métal comme monnaie permit d’augmenter et d’étendre les échanges. Au lieu d’échanger quelque chose contre quelque chose, ou quelque chose contre une reconnaissance de dette, on échangeait quelque chose contre de la monnaie métallique.

 

Cette monnaie était elle-même quelque chose qui avait le mérite d’exister sans registres, sans scribes, sans témoins, sans confiance.

Les premières monnaies étaient privées et certaines monnaies très prisées étaient battue par des pirates !

Il n’est techniquement pas nécessaire que la monnaie soit d’Etat.

 

Première monnaie d’Etat et première arnaque.

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Aristote déplore toutefois dans Politique que contrôler l’or ou l’argent, la pureté (titrage) de ces métaux, peser mais aussi vérifier les moyens de pesage ralentissent les transactions.

 

La première monnaie d’Etat fut celle d’Alyatte, richissime roi de Lydie et père de Crésus. Il eut l’idée de frapper des pièces d’alliage d’or et d’argent de son sceau pour simplifier la vie des marchands. Dès lors, oubliées les pesées et les coûteuses ou fastidieuses vérifications. Compter cette monnaie certifiée par l’Etat devint alors suffisant.

 

Succès immédiat et la Lydie devint prospère.

 

Statère en or de 8,01 g frappé par la Lydie

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Mais voilà que Crésus, le fils, a des ambitions et entend mettre sous sa coupe plusieurs cités grecques marchandes. Les impôts tombent mais il faut toujours plus d’argent.

 

Crésus triche.

 

Sournoisement, Crésus dilue l’électrum naturel en augmentant la part d’argent qu’il contenait et en diminuant l’or. L’électrum naturel comporte près de 75 % d’or, l’électrum artificiel des statères de Crésus n’en comportait plus que 50 à 55 %.( Olivier Picard,  L’Invention de la monnaie et les Empires, de Crésus à Cyrus le Perse et aux Grecs, La Nouvelle Revue géopolitique, n° 106, juillet 2009).

 

Sachant que la valeur relative de l’argent et de l’or était à l’époque de 1 à 10, les bénéfices du Trésor lydien furent gigantesques. L’affaire se termina cependant mal pour Crésus qui fut limogé par les Perses. Ces derniers imposèrent alors leur propre système monétaire en or.

Multiplier la monnaie « à partir de rien », c’est de l’inflation.

Ce qui est important dans cette anecdote, c’est que la première monnaie étatique fut aussi la première à être manipulée par son émetteur qui prétendait en être le garant.

Cette fâcheuse tendance se retrouve tout au long du fil de l’Histoire.

 

 

Les inconvénients de la monnaie « convention sociale ».

 

Pour un étatiste de droite ou de gauche, la monnaie n’est qu’une convention sociale, comme le pensait déjà Platon. La simple garantie de l’Etat suffit et la fonction de « réservoir de valeur »devient par conséquent inutile.

 

Pour un libéral, la fonction « réservoir de valeur » est essentielle : elle garantit la liberté de pouvoir stocker les fruits de son travail et de dépenser quand on veut sans perte de pouvoir d’achat.

 

Pour un libéral le fait qu’une monnaie d’Etat soit la seule qui puisse avoir « cours légal » dans un territoire donné est une restriction à la liberté de commercer et d’échanger.

Souvent, dans les pays prospères plusieurs monnaies peuvent s’utiliser, la monnaie nationale est librement convertible et peu de contraintes pèsent sur le commerce et la détention de l’or et de l’argent.

Dans les pays étatistes, en revanche, une seule monnaie a cours légal, il y a des restrictions  plus ou moins fortes sur sa convertibilité, le commerce et la détention de métaux précieux sont très strictement réglementés.

 

La monnaie métallique fut une innovation économique majeure par rapport à un système monétaire fondé sur le crédit. C’est la monnaie-dette qui est une relique barbare et non pas l’or.

 

 

Un système monétaire fondé sur le crédit est une régression économique.

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Nous vivons actuellement dans un monde de monnaie-crédit depuis 1971 date de la fin du Gold Standard ou encore de l’étalon or.

Comme l’explique le professeur Antal Fekete dans Le retour au Standard Or, la monnaie de ce système est  une « valeur négative » (la dette) tandis que la monnaie de l’ancien standard or était une « valeur positive » (les métaux).

 

Nous parlons du système actuel comme du « créditisme » par opposition au capitalisme.

Le revers du crédit est la dette. L’inconvénient est qu’il est très difficile de limiter la quantité de crédit qui circule, prêteurs et emprunteurs ayant tendance à être naturellement imprudents.

Dans l’Antiquité, les Hébreux avaient compris le danger du crédit illimité, d’autant plus que ceux qui ne payaient pas leurs dettes étaient réduits en esclavage. Pour limiter la quantité de crédit, ils ont instauré le jubilé : tous les quarante-neuf ans (le septième mois du septième cycle de sept ans), tous les compteurs de dettes étaient remis à zéro. Ceci limitait les cycles d’expansion de crédit.

En économie moderne, on dirait que le jubilé régulait le cycle du crédit. Les prêteurs devaient se faire rares le sixième mois de l’année du jubilé. Inversement, les emprunteurs ne devaient pas se bousculer au début du cycle, la perspective de 49 ans d’esclavage refroidissant les ardeurs.

L’or est souvent qualifié du terme méprisant de « relique barbare » par ceux qui se réclament du camp du bien et du progrès. Ils semblent ignorer que l’or fut en réalité une avancée technique monétaire révolutionnaire.

 

Cette rupture fondamentale entre monnaie-crédit et monnaie-marchandise permit d’aboutir à un modèle qui ne reposait pas sur la confiance, contrairement au troc ou au crédit.

La vue de l’or et de l’argent suffit au vendeur.  Il se moque de la note de crédit de son acheteur et ne jauge pas ses muscles au cas où il devrait le réduire en esclavage pour défaut de paiement.

L’acheteur possède un moyen fiable de stocker les fruits de son travail ou les produits de ce qu’il a légitimement acquis. Il est assuré de la conservation de la valeur de la monnaie qu’aucun scribe ou grand prêtre ne peut multiplier.

Ignorer l’histoire monétaire, se pâmer devant les monnaies fiduciaires, gober le charabia des monétaristes, admettre comme normal que la monnaie ne soit que du crédit contrôlé par des autorités supérieures nous condamne à redevenir esclaves.

 

Nous devrions nous révolter devant les sornettes des banquiers centraux, ces prétendus mandats (donnés par qui ? Vous rappelez-vous d’avoir signé quelque chose ?).

Comme nous n’avons pas de jubilé, que le rôle des banquiers centraux est de piloter la croissance infinie de la dette, nous acceptons que notre descendance devienne elle-même esclave.

C’est aussi simple que cela.

Le système monétaire actuel, fondé sur le crédit, est une nouvelle forme de crime contre l’humanité qui conduit à nous rendre esclaves de la dette.

Ce crime peut cependant se perpétrer grâce au mythe et à la confiance que nous accordons aux criminels.

Le mythe est que les gouvernements, les autorités, les banquiers centraux voudraient exclusivement notre bien. Par conséquent, nous avons une confiance totale et absolue en leurs agissements.

 

La confiance est mal placée quand elle soutient un mythe dangereux.

 

Le mythe du crédit gratuit et infini et de l’autorité des banques centrales est soutenu par la confiance. Mais les gouvernements et les autorités non élues (FMI, BCE, Commission européenne) veulent-ils votre bien ?

Ce n’est pas compliqué. Il n’y a pas d’argent gratuit.

Lorsque la confiance va se dissiper, le mythe sera ébranlé. Les « autorités » tenteront alors un jubilé. Ce ne sera pas le jubilé de l’Ancien Testament, ce sera une dernière tentative de remise à plat du système monétaire dans le sens qui les arrange.

Votre épargne, votre « vrai argent » adossé à votre travail, à ce que vous avez légitimement acquis, sera engloutie dans ce jubilé pour payer une partie du passif et « restaurer la confiance ». Exactement comme un mauvais payeur qui fait un petit règlement partiel pour gagner du temps…

 

 

Simone Wapler