L’aberration des taux négatifs est possible parce que le système monétaire et financier peut se passer d’épargne. Ce qui permet à la France de nous enfoncer dans la dette. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

A de nombreuses reprises, dans ces colonnes, Bill Bonner et moi-même nous nous sommes penchés sur le mystère des taux négatifs.

Dans tous les manuels économiques et financiers traditionnels, on apprenait que prêter donne lieu à une rémunération et qu’un taux d’intérêt avait une limite : 0.

J’ai à un moment émis l’hypothèse que le taux négatif était en quelque sorte un service de coffre-fort. Des institutionnels préféraient payer des Etats ou de très grandes entreprises pour conserver leur argent plutôt que se risquer à le laisser traîner dans une banque de santé douteuse.

Puis, en 2016, les taux négatifs ont touché le crédit immobilier en Belgique.

« C’est comme si une barrière invisible avait été franchie, séparant le monde réel du fantasme total… où le bas est le haut, oui est non, et n’importe quel panier percé peut désormais… apparemment… vivre gratuitement dans un manoir. » méditait Bill Bonner.

En réalité, les taux négatifs peuvent exister parce que le système monétaire financier actuel n’a pas besoin d’épargne.

Il a même intérêt à ce que l’épargne disparaisse. La vocation d’un Etat-providence est de vous prendre en main de la crèche à la tombe. Dans ces conditions, pourquoi provisionner pour un coup dur, un accident de la vie ?

De son côté, le keynésianisme professe que la consommation est le moteur de l’économie. Par conséquent, l’épargne est inutile et même gênante : elle diffère la consommation et contrecarre les plans de redistribution et « justice sociale ».

Ce qu’il faut à un Etat-providence c’est beaucoup de consommation et du crédit facile à redistribuer pour s’acheter des électeurs. Le système monétaire et financier actuel est parfaitement adapté à cela et les taux négatifs sont la preuve qu’il se passe très bien de l’épargne.

Souveraineté contre crédit

Autrefois, lorsque l’épargne comptait encore, un Etat qui voulait dépenser plus que ses rentrées d’impôts devait solliciter des prêteurs dont les moyens étaient limités. Mais ce n’est plus le cas.

Jeudi 5 avril, la France empruntait sur les marchés financiers.

Notre pays est secoué de grèves. Le tourisme – qui est devenu une de ses activités de poids – en pâtit déjà. La tendance générale dans le monde est à la hausse des taux d’intérêt. La Banque centrale européenne achète moins de titres financiers que par le passé. La Suisse aussi car elle a renoncé à maintenir la parité stricte euro contre franc suisse. Les Etats-Unis n’achètent pas de dettes souveraines en euro.

Bref, moins d’acheteurs, un contexte haussier de taux d’intérêt, un pays toujours dépensier et secoué de grèves. Vous auriez pu penser que la dette allait nous coûter plus cher…

Raté.

Qui subventionne notre magnifique modèle social que tout le monde nous envie mais que personne ne peut se payer ? Qui a acheté la dette française mise aux enchères par les petits génies de l’Agence France Trésor avec suffisamment d’empressement pour que cela nous coûte moins cher encore que l’année dernière ?

Attention : hypothèse « complotiste » !

Ames sensibles, ne lisez pas ce qui suit.

Jean-Pierre Chevallier est un spécialiste de la comptabilité des banques et de la Banque centrale européenne.

Son analyse du bilan de la BCE en date du 30 mars fait apparaître que des non-résidents comblent les trous de la BCE à hauteur de 340 milliards d’euros. Au 30 mars, ces largesses atteignaient un plus haut historique.

D’où viennent-elles ? Jean-Pierre Chevallier a son idée sur la question :

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