Jerome Powell continue à monter ses taux d’intérêt. Ils restent négatifs en Europe. Ce grand écart ne sera pas tenable longtemps. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Hier, je revenais sur les taux négatifs, expliquant qu’ils signifiaient que nous étions dans une phase de déconstruction de la monnaie et que 2019 serait un tournant.

La construction de la monnaie a commencé à l’époque de Sumer (-1750). Monnaie et crédit coexistaient dès cette époque. La monnaie était d’or ou d’argent et des dispositifs de limitation du crédit existaient afin d’éviter les troubles sociaux.

En effet, l’esclavage était la sanction des mauvais payeurs et une croissance déraisonnable du crédit aurait conduit à une société d’esclaves contrôlée par quelques nantis. Une route de la servitude…

Mais la monnaie est au carrefour de la politique et de l’économie, et il existe un triangle indissociable pouvoir-monnaie-impôt. Le pouvoir politique préfère le crédit car il peut le contrôler.

Il est bien plus facile de faire surgir du crédit que de l’or ou de l’argent – ou même des billets de banque.

Dès le tout début du XVIIIème siècle en Europe, les pouvoirs politiques vont s’efforcer d’écarter le public de l’or et de l’argent au profit de monnaies contrôlables et centralisées : billets de banque et crédit.

Les quatre principaux jalons de la déconstruction monétaire

Mise en place du système de Law (1716-1720) en France. C’est aussi la première opération de quantitative easing puisque la Banque Royale rachètera la dette de la France. Egalement, première tentative d’interdire la possession d’or au citoyen. La faillite du système de Law fut tellement retentissante que le mot « banque » fut banni du vocabulaire français. Les établissements bancaires qui furent ensuite créés préféraient s’appeler « caisses ». Mais la mémoire collective s’efface… Deux siècles plus tard, petit à petit des systèmes de Law se mettent en place dans les pays occidentaux dont les finances sont mises à mal par deux guerres mondiales. La monnaie papier – en principe adossée à des réserves d’or nationales – finit par s’imposer.

Décret (executive order) de Roosevelt de 1931 interdisant la « Clause Or » dans les contrats commerciaux. La « Clause Or » garantissait que les créanciers soient remboursés en or ou en équivalent-or, empêchant l’emprunteur de s’acquitter de sa dette en monnaie dévaluée. Ce décret permit à l’Etat fédéral américain de s’endetter confortablement.

Fin des accords de Bretton Woods en 1971 entériné par Nixon. Toutes les monnaies sont décrochées de l’or et deviennent flottantes. Depuis, 90% de la monnaie n’existe que sous forme de crédit (donc dette). Les Etats paient à crédit, la dette souveraine rémunérée constituant des réserves monétaires jugées préférables à l’or.

Mise en place des quantitative easings et des taux d’intérêt négatifs par les banques centrales entre 2008 et 2018. Le système de monnaie-crédit a conduit à des crises de la dette (subprime aux Etats-Unis et dette souveraine en Europe) d’ampleur inédite. Pour faire croire que ces dettes sont honorées, les taux sont forcés à la baisse, plongeant même en territoire négatif en termes réels.

2019 et la fin du risque sans rendement

Il n’a jamais existé de rendement sans risque, même avec les dettes souveraines. Le zéro risque a toujours été une monnaie marchandise. Aujourd’hui, avec les grandes devises, il n’existe plus de façon de stocker votre pouvoir d’achat dans la durée sans risque.

La dette a augmenté bien plus vite que les revenus. Les faillites sont évitées seulement en trichant sur les taux d’intérêt.

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