Coûteuse expérience pour nombre de municipalités de Paris à Beijing, le vélo en libre-service démontre que la nouvelle économie n’est pas toujours porteuse de progrès. (Simone Wapler pour La Chronique Agora)

Le Vélib’ : beaucoup de citadins connaissent ce « tank à deux roues », comme dit joliment un chroniqueur de Contrepoints (1).

En France, il symbolise l’interventionnisme et les tentations de monopole des municipalités. En Chine, il cristallise une folie spéculative (encore une) qui est en train de mal tourner. Dans les deux cas, ce sympathique concept met en valeur cet étrange progrès du XXIème siècle qui peine à créer de la richesse.

Commençons par Paris. Le Vélib’ y a débuté il y a 10 ans. Bonne idée que de vouloir inciter des citadins à pédaler sans polluer. L’idée d’un vélo loué s’inscrit dans l’économie collaborative, le partage d’un bien plutôt que sa possession. Jusque-là tout allait bien.

Puis quelques technocrates de la municipalité de Paris, au lieu de se satisfaire d’organiser des espaces capables d’accueillir des bicyclettes en location de courte durée, ont préféré monopoliser l’idée. Résultat : une concession accordée à Decaux, un système de paiement lourd qui n’avait pas prévu d’emblée les smartphones ; chaque Vélib’ coûte à la municipalité 4 000 € par an et donne lieu à un déficit annuel récurrent de 16 M€.

Au moment où la concession change de main, où les rangées de bornes ressemblent à des mâchoires édentées en attente d’un nouveau dentier, la concurrence tente une percée. Des vélos plus légers, ne nécessitant plus d’être accrochés à un point fixe. Bon débarras et bonne idée, pensez-vous ? Pas si vite. Direction la Chine.

La bicyclette et le Chinois : un cliché qui reflète une part de vérité. Les sociétés de partage de vélos ont donc poussé comme des champignons en Chine, donnant naissance à de multiples start-ups et de plantureuses levées de fonds. Aujourd’hui beaucoup de ces sociétés sont en déconfiture ; leurs clients n’ont plus qu’à pleurer leurs dépôts de garantie envolés et leurs actionnaires leurs capitaux, comme le note le chroniqueur financier Wolf Richter (2).

velos à jeter

Source

Les licornes pédalent dans la semoule

En Chine, plus de 40 plates-formes et sites ont attiré 2 Mds$ de capitaux. De ce point de vue, on ne peut pas dire que la concurrence n’ait pas joué au pays des camarades-capitalistes.

Mais à côté de ces 2 Mds$, une montagne de vélos mutilés, volés, abandonnés pèsent 1 Md$. La récupération des bicyclettes jetées dans les fleuves, abandonnées en rase campagne, pendues aux arbres est devenue un casse-tête pour les municipalités.

Chine

 

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